Ce dimanche d’avril, j’avais décidé, comme préparation à un éventuel marathon, de courir les 21 km de l’Humarathon dans les rues d’Ivry l’après midi après les 10 km du cross de l’AS Muséum dans le Jardin des Plantes le matin.
Et me voila parti, sans autre ambition que de terminer cette deuxième course de la journée.
Vers la fin du premier tour (la course en comportait deux) je « lâche » mes compagnons d’un petit groupe
d’attardés en fin de peloton, ayant un peu mieux qu’eux digéré
la rude montée vers le stade Clerville.
Si j’avais su ce que ce petit acte d’orgueil allait me coûter…
Je me prépare donc à entamer le second tour en continuant tout droit, là où plus tard, à la fin du second
tour je tournerai à gauche pour rejoindre le stade et terminer le parcours par un tour de piste. Mais
impossible de continuer tout droit ; la haie des spectateurs s’est refermée, pensant tous, sans doute, que
tous les coureurs sont déjà passés. On me fait signe de tourner à gauche. Je me dis que probablement, comme
cela se fait souvent, tous les coureurs effectuent un tour de piste devant les spectateurs et quittent le
stade par une petite porte avant d’entamer le second tour.
À ce moment là un grand bruit : voitures, klaxons… les premiers coureurs (des Kenyans) terminent leur parcours
et engagent le sprint final décidant de la victoire. Ils me dépassent à une vitesse à peu près double de la
mienne lorsque je m’essaie à quelques séries de 50 m pour améliorer mes fins de courses ! Bien sur ils n’ont
pas 60 balais, et en plus ils sont doués, mais tout de même, ça fait un drôle d’effet et je rentre sur le
stade tout songeur.
Éclatent des applaudissements que je crois adressés aux coureurs qui me doublent, les meilleurs français du
moment.
Je réalise mal ce que j’entends : il y a encore de bons vétérans, c’est rudement bien à cet âge
là…, ils sont connaisseurs les spectateurs ! Car il n’est pas nécessaire d’être entraîneur diplômé
3e degré pour s’apercevoir que mon allure et ma foulée n’ont rien à voir avec celle des
autres.
Je cherche toujours la fameuse petite porte qui me fera sortir du stade, mais en vain. Par contre, j’arrive
sur les barrières constituant le couloir d’arrivée et je réalise enfin :
j’ai vraiment été aiguillé avec les premiers de la course !
Croyant à un canular : les cochons…, ils m’ont dirigé sur le stade pour rigoler.
Je m’attends à franchir la ligne d’arrivée sous un immense éclat de rire ou avec une bonne engueulade pour
avoir triché, le comble pour un dirigeant, qui plus est relativement connu dans le Val de Marne !
Pas du tout : on m’applaudit, on me félicite, on me donne une médaille et on tente de m’arracher mon dossard
pour le classer à la suite des autres !
Alors là j’éclate : bandes de ceci, bandes de cela, vous ne voyez pas que j’ai encore 10 bornes à
faire ? Et avec toutes vos c......s j’ai encore perdu du temps, je n’avais pas besoin de ça !. Je
bouscule officiels, coureurs et spectateurs, je franchis comme je peux une multitude de barrières et sort du
stade en pestant. Cette fois-ci ils ont enfin compris et tout le monde se marre… sauf moi !
Mais tous ces épisodes m’ont fait perdre un bon quart d’heure et j’entreprends ce second tour bien loin des
derniers de la course. Qu’importe, je suis venu pour terminer et accomplir mon kilométrage
donc je
continue…
Mais ce n’est guère motivant de courir seul dans des rues totalement désertes.
Je suis alors doublé par un véhicule, la camionnette d’une équipe de l’organisation chargée de récupérer les
pancartes et banderoles jalonnant le parcours.
Qu’est ce que tu fous là, pépère ? Tu ferais mieux de monter avec nous, on va te ramener au vestiaire ;
et puisque tu es là, donne-nous un coup de main pour ramasser le matériel !.
C’est ce que j’ai fait…
Je n’ai pas réalisé mon kilométrage d’entraînement, ni terminé l’Humarathon, mais j’ai (bien involontairement)
participé à son organisation matérielle… et j’ai gardé le dossard en souvenir.